François Sauvadet : « Les Départements, 235 ans au service des Français »

Loin d’être une simple organisation administrative, les départements incarnent une part essentielle de l’identité française, tout en faisant face à des défis financiers menaçant leur avenir. Ils sont plus que jamais au cœur de la solidarité sociale et territoriale, agissant comme des liens entre les villes et les campagnes. Par François Sauvadet, ancien ministre, Président des Départements de France et Président du département de la Côte-d’Or.

Cela fait aujourd’hui 235 ans que les Départements de France sont au service des Français. Jamais ils n’ont été aussi reconnus dans leurs missions essentielles de solidarité sociale et territoriale ; et jamais ils n’ont été aussi menacés, dans leur existence même, par l’asphyxie budgétaire qui leur est infligée.

Les départements sont solidement ancrés dans le cœur des Français. Ils sont au cœur de la réponse attendue par nos compatriotes qui ont le sentiment de vivre dans une France « d’à côté ». Ils sont au cœur du lien à restaurer dans une société fracturée ; ils sont au cœur du lien pourtant si essentiel entre la France des villes et la France des campagnes. Et quelle meilleure preuve de cette nécessité, que l’attachement profond et indéfectible de nos départements à leurs agriculteurs, ces gardiens de notre héritage, de nos paysages et de notre identité ?

Oui, les départements, c’est l’identité de la France. Cette France que chantait Jean Ferrat, « De plaines en forêts, de vallons en collines » ; cette France, « et ce goût du bonheur », dont chaque hameau, chaque village, chaque paysage font battre le cœur.

Nous sommes tous de quelque part. Et il n’est d’identité plus heureuse que celle que l’on est fier de partager. En faisant connaître nos départements, on fait découvrir qui l’on est !

« La France se nomme diversité » écrivait Fernand Braudel : cette France-là est tout sauf un emboitement de « territoires », ce terme « fourre-tout » inventé par une technocratie condescendante et hors-sol, qui nie les spécificités d’une terre fière d’elle-même.

Lorsqu’en 1789, l’Assemblée constituante propose de découper la France en unités homogènes, ce sont finalement les reliefs et les limites naturelles du paysage qui ont dessiné les contours des futurs départements, respectant, autant que possible, les limites des anciennes provinces. De même, la géographie est sans conteste, la principale explication à la dénomination des départements français. Tout cela a nourri l’attachement des Français à un héritage qu’il nous faut aujourd’hui davantage valoriser.

C’est dans cette spécificité vécue, et non décrétée, que s’incarne l’identité française. Et c’est à partir de cette spécificité que les citoyens réclament des solutions pragmatiques et une gouvernance de proximité, non assignée à des cloisonnements superficiels, décidés à Paris, et totalement décorrélés des réalités territoriales.

En deux siècles d’existence, les Départements n’ont cessé de démontrer leur résilience et leur capacité à se réinventer. Né dans les soubresauts de la Révolution, traversant les changements de régime et les champs de mines de bureaucrates zélés, le Département est plus que jamais l’échelon de proximité indispensable à l’efficacité de l’action publique.

À l’inverse, les crises qu’a traversées et continue de subir la France ont révélé l’impotence d’un État centralisé rompu aux projections abstraites, et éloignées des réalités du terrain. Elles ont montré combien, face à l’urgence des situations, l’inertie administrative et l’uniformité de normes mal pensées, ont empêché les collectivités d’agir utilement.

L’État, voulant tout contrôler, s’avère impuissant sur l’essentiel. Les élus départementaux sont connus de leurs habitants, parce qu’ils entretiennent un lien de proximité réel avec eux, et avec le terrain. Le Département, par ses missions et sa juste distance, parce qu’il est de plain-pied avec ses racines, avec son quotidien et son avenir, est ce « chaînon » qui garantit la cohésion territoriale ; ainsi le rappelait récemment, le Premier ministre.

Les Départements sont résilients. Les Départements sont innovants. Ils sont l’identité de la France, et ils incarnent le désir des peuples de préserver, de valoriser ce qu’ils sont, dans leurs forces, comme dans leurs particularités. Ils doivent pouvoir continuer d’exercer leurs missions, c’est tout l’enjeu de ce XXIe siècle tellement bousculé.

Alors oui, continuons de rester tous mobilisés, pour faire reconnaitre une évidence : il n’y aura de confiance recouvrée dans l’avenir sans la reconnaissance du fait départemental !

François Sauvadet

 

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