Alors que le projet de loi-cadre relatif au développement des transports va être discuté au Sénat, les élus départementaux s’inquiètent de la portée de l’article 1er affectant les « recettes publiques spécifiques aux concessions autoroutières (…) en totalité au financement des infrastructures de transport », et notamment au ferroviaire.
Alors que le projet de loi-cadre dédié aux transports vient d’être présenté en conseil des ministres, Départements de France s’inquiètent d’une disposition qui gravera dans le marbre « le fléchage » des recettes perçues par les péages d’autoroute par l’État vers le financement de bien d’autres modes de transports que la route.
Ce fléchage est institué au nom d’un principe qui veut que « le transport paie le transport ». Cette volonté de cohérence indiquée dans l’article 1er, pour être louable, est loin d’être suffisante : si l’État veut donner un cap clair à sa politique de transports, il faut que la route paye la route !
Aujourd’hui les recettes que génèrent les autoroutes ne sont que très rarement réinvesties dans l’infrastructure routière, et ce, alors que la dette grise augmente année après année, représentant plusieurs milliards d’euros selon l’Observatoire national de la route. Les ouvrages d’art sont aussi concernés, en atteste la dégradation massive de l’état des ponts, propriétés des communes et des Départements, dont 10 % présenteraient des « défauts majeurs de structure » et 19 % des « défauts de structure significatifs », toujours selon l’Observatoire national de la route, sans compter les effets du changement climatique.
Le sous-financement structurel du premier réseau des mobilités du quotidien, la route départementale, est une anomalie profonde et injuste. Renforcer le reversement des recettes de la route vers plusieurs modes de transport, en priorisant notamment le ferroviaire – à hauteur de 1,5 milliards sur les 2,5 milliards de recettes autoroutières affectées aux transports – est proprement inadmissible pour les automobilistes qui, en majorité, prennent rarement le train, voire ne le prennent jamais. Pour rappel, seul un Français sur deux a utilisé le train au cours des douze derniers mois, selon une étude de l’Ifop de 2024.
Persévérer dans le subventionnement toujours plus massif du ferroviaire au détriment de l’entretien du réseau routier au prétexte que la voiture pollue est une position idéologique qui ignore la réalité de la vie des Français et qui risque de conduire, faute d’entretien satisfaisant, à la fermeture de nombreuses routes, à mesure que les travaux nécessaires sont repoussés faute de financements.
En résumé, la route, qui représente 80% des mobilités, ne saurait être maintenue dans son rôle de vache à lait des autres politiques d’État et ce qui est prélevé sur les automobilistes doit leur revenir au travers de l’entretien et l’aménagement du réseau secondaire.