François Sauvadet dénonce une «recentralisation» inédite : «Jamais les libertés locales n’ont reculé à ce point»

ENTRETIEN – Pour le président UDI des Départements de France, le double quinquennat macroniste a consacré «l’esprit de résistance de la haute administration».

Président UDI de la Côte-d’Or, François Sauvadet dirige l’Assemblée des départements de France.

LE FIGARO. – Quel bilan de la décentralisation faites-vous au terme de dix années d’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron  ?
François SAUVADET. – Plutôt que de me parler d’un bilan de la décentralisation, il faudrait parler du bilan de la recentralisation sans équivalent que nous avons connue ! À part sous François Hollande, qui voulait supprimer les départements et redécouper la France, jamais les libertés locales n’ont reculé à ce point. Cela a commencé par un véritable jeu de bonneteau fiscal qui nous laisse sans la possibilité de lever l’impôt et nous place sous la tutelle de l’État qui a remplacé l’impôt local par des dotations gelées. À cela s’ajoute le grand retour d’un État central qui dicte ses volontés et qui n’a qu’une seule ambition, celle de passer la France à la toise. J’ai combattu les lois «NOTRe» et «MAPTAM» parce qu’elles ont affaibli la démocratie locale au lieu de la renforcer. En dix ans, nous avons vu s’installer un système de plus en plus centralisé, que plus personne n’ose réellement remettre en question. Donner des compétences sans les moyens de les mettre en œuvre, c’est organiser une décentralisation sous tutelle. À force de vouloir tout piloter depuis Paris, l’État finit par tout faire mal, au détriment de l’efficacité de l’action publique.
Après ses promesses d’un grand acte de décentralisation annoncées en octobre, Sébastien Lecornu n’avance-t-il pas dans le bon sens ?

Je ne doute pas de la bonne volonté du premier ministre. J’ai encore en tête son discours décentralisateur lors de nos assises à Albi, l’automne dernier. Simplement, l’esprit de résistance de la haute administration l’a emporté dans un contexte politique que tout le monde connaît et qu’il n’y a pas besoin de commenter plus avant. Regardez : les Agences régionales de santé (ARS) devaient être revues et départementalisées. Quelles ont été les réactions ? Qu’on allait remettre en cause l’équité en matière de santé… Rien de moins ! Résultat, rien n’a bougé et à la place, on nous propose un texte de déconcentration dont les mesures produisent exactement l’effet inverse à une décentralisation.

Le Haut-Commissariat au Plan  a récemment plaidé pour un encadrement renforcé des dépenses des collectivités locales, qu’en pensez-vous ?

C’est une proposition inacceptable et perçue comme une insulte pour les collectivités. On est dans un monde de fou. On veut encadrer les dépenses que l’État nous impose, mais c’est l’asphyxie assurée. Et c’est peut-être ce que cherche le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan : asphyxier les collectivités. La première chose à faire pour éviter d’augmenter les dépenses, c’est que l’État arrête de charger la barque. Et si le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan veut faire des économies sur les dépenses sociales, qu’il nous dise lesquelles. L’exercice serait au moins éclairant.

Un communiqué récent et très critique a été cosigné par les départements, les maires de France et les régions. Serait-ce le retour des Territoires unis, mobilisés sur une exigence commune à un an de la présidentielle ?

Les circonstances nous engagent à nous unir pour défendre une certaine idée de la France. Celle de défendre les libertés locales et combattre la haute administration qui étouffe durement les initiatives locales. Nous avons des divergences avec les Régions. Nous avons des divergences avec les maires. Mais j’ai la conviction que l’on ne retrouvera pas la confiance des Français dans l’action publique sans redonner du souffle à la décentralisation. Il nous faut retrouver le chemin du bon sens et de la proximité. On ne gagnera pas la bataille de France sans les collectivités.

Justement, l’offre politique qui se dessine en vue de la présidentielle répond-elle aux attentes des collectivités ?

J’observe que, pour l’instant, les candidats et les partis restent largement muets sur leur vision du fonctionnement territorialisé et décentralisé du pays. Sans doute pour ne fâcher personne. Mais à vouloir ne fâcher personne, ils vont finir par fâcher beaucoup de monde.

Que demandez-vous aux présidentiables qui pensent déjà à 2027 ?

Pour ce qui concerne les départements, j’ai la ferme intention de leur dire ce que nous nous voulons pour la France. Notre pays doit reprendre pied sur ses deux jambes : les communes et les départements. C’est l’histoire de la France et elle est dans le cœur des Français, dans notre identité. Il faut écouter nos besoins et poser les conditions de la soutenabilité de notre modèle. Je le répète : dans un futur proche, nous n’aurons plus la capacité de financer les solidarités dans notre pays. C’est pourquoi nous appelons les responsables politiques à avoir le courage de réinterroger en profondeur tous nos systèmes, si nous voulons les sauver.

Source : François Sauvadet dénonce une «recentralisation» inédite : «Jamais les libertés locales n’ont reculé à ce point»

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