Le Prix Lamartine des Départements de France distingue chaque année une œuvre qui, à travers le regard sensible de son auteur, fait rayonner la France des départements. La France se raconte aussi à travers ses paysages, dans la mémoire de ses villages, de ses traditions et de ses habitants. Dans le sillage d’Alphonse de Lamartine, dont l’œuvre, profondément attachée au Mâconnais, témoigne du lien intime entre un homme et sa terre, ce prix en reprend le geste : faire apparaître ce qui, en chacun, nous rattache à une part de France. La remise du Prix Lamartine 2026 se tiendra le mercredi 21 octobre à 19h00, date anniversaire de la naissance d’Alphonse de Lamartine, à La Rotonde à Paris.
«Les Départements sont dans le cœur des Français, car nous sommes au cœur de leur vie. Savoir d’où l’on vient, connaître le lieu où l’on a choisi de vivre : c’est un lien presque intime que chacun entretient avec ses racines, et je crois beaucoup à cette identité heureuse, née de l’attachement à sa terre. Il est important que la littérature mette en lumière cette « France profonde » au sens le plus noble du terme »
François SAUVADET
Ancien ministre,
Président de Départements de France,
Président du Département de la Côte-d’Or
Jury 2026
Présidé par Éric Neuhoff, journaliste, écrivain, membre de l’Académie Française ; Florence Bertrand, docteur en droit privé, professeur à l’Université de Paris Dauphine et fondatrice d’un Institut de gestion en Patrimoine ; Dominique Caloni, ancien DGA d’un groupe d’édition ; Hubert Delaume, médecin généraliste en milieu rural ; Martine Gasquet-Daugreilh, ancienne députée et directrice de la Culture de la Ville de Nice ; Pierre Monzani, préfet hors classe; Xavier Patier, haut fonctionnaire et écrivain, Bertrand de Saint Vincent, journaliste.
Sélection officielle Prix Lamartine 2026
Gautier Battistella, Bocuse (Grasset)
De la cuisine il a fait un art, de son nom, une légende, et de sa vie, un roman. Gautier Battistella nous plonge dans la fascinante histoire de Paul Bocuse, figure emblématique de la gastronomie française du xxe siècle. De ses racines familiales sur les rives de la Saône aux trois étoiles Michelin tant convoitées (il les conservera 53 ans, de 1965 à sa mort en 2018), ce roman biographique retrace le parcours d’un génie de la cuisine – et des affaires.Le livre s’ouvre sur les années de formation de « Paulo » dans le village de Collonges-auMont-d’Or, où la nature et les traditions d’une dynastie d’aubergistes ont façonné ses premiers souvenirs. S’ensuit son apprentissage dans les cuisines de la grande Eugénie Brazier puis du célèbre Fernand Point, dont la philosophie et la rigueur vont laisser sur lui une empreinte indélébile. Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le soldat Bocuse est grièvement blessé, l’esprit frondeur du jeune chef accompagne le réveil de la société française. De la Libération à la naissance du Concorde, c’est tout un siècle qui défile sous ses yeux et les nôtres. Création de ses plats signatures, amitiés indéfectibles avec Michel Guérard et les frères Troisgros, rivalités avec Gault et Millau, aventures féminines, rencontres avec Romain Gary ou encore Charles de Gaulle, ces décennies vont forger le mythe Bocuse. Paul comprend très tôt les ficelles de la communication et du capitalisme : il ne lui reste plus qu’à partir à la conquête du monde. Avec humour, tendresse et un sens aigu du détail, Bocuse révèle la complexité d’un homme traditionnel et révolutionnaire, bon vivant et perfectionniste, délicat et ogre à la fois. On y découvre les coulisses de la « Nouvelle Cuisine », l’invention du chef médiatique, les aventures de Paul Bocuse en Amérique et au Japon, ainsi que ses doutes et la difficile question de son héritage. L’histoire d’un chef légendaire qui a transformé un métier en art national.
Salomé Berlioux, Celle qui part (Edition de l’Aube)
Elles s’appellent Mathilde, Ophélie, Sophie, Louane, Léna et Garance. Elles ont entre quatorze et cinquante ans. Leurs réalités, leurs expériences, leurs quotidiens sont différents. Elles sont pourtant liées par un genre et un territoire.
Ces six femmes viennent de l’Allier ou de ses alentours. Elles grandissent, vivent ou passent dans le département. Elles le quittent, parfois, aussi.
Si elles nourrissent toutes des liens singuliers à ce territoire, leurs parcours, leurs empêchements et leurs rêves dessinent, avec douceur ou entraves, une condition féminine rurale.
Gérard Pussey, Les vacances de Monsieur Ferran (Lajouanie)
Rien ne va plus pour Julien Ferran. Critique littéraire et auteur de livres pour la jeunesse, il voit sa carrière filer dans une impasse. Il doit convenir aussi que sa vie amoureuse est un échec : sa femme, la délicieuse Lucie, s’éloigne de lui inexorablement. Il tente le tout pour le tout et part pour de longues vacances sur l’Île-aux-Moines avec son épouse, dont il rêve de faire la reconquête. Leurs enfants et sa belle-mère, Madame Duclos – vieille séductrice, anorexique et attachante –, les accompagnent. Mais l’été sera rude pour Ferran : l’écriture de son roman est en panne, et il gaspille ses chances d’accéder à un très beau poste dans l’édition en battant au ping-pong celui qu’il aurait fallu laisser gagner. Ajoutez à cela Lucie, qui demande le divorce… Misérable tableau ! Heureusement qu’il y a ce vieux Schaeffer…
Une comédie sarcastique, pleine d’azur et de lumière, aux dialogues étincelants, ciselés par un Pussey au mieux de sa forme. Une fresque douce-amère, pleine de truculence et d’humour : une critique tout en finesse des milieux bobos, de la gent germanopratine, des littérateurs de tout poil… en villégiature sur une île très « branchée », diablement attirante. Tout le monde en prend pour son grade, autochtones comme aoûtiens ou juillettistes. Absolument jubilatoire !
Daniel Rondeau, Le Système de l’argent (Grasset)
« J’ai besoin d’un vieux, pour inspirer confiance. Des vieux, on en trouve partout. Mais des vieux comme toi, je n’en connais qu’un. Pendant toute ta vie, tu as réussi à oublier le petit garde rouge que tu étais dans ta jeunesse, le justicier des usines, le casseur de flics, le voleur de bibliothèques, l’ami des pauvres. Et tu as réussi à ne plus croire en rien. C’est très fort. Tu es un monstre, Lux. Quelqu’un qui ne croit en rien est capable de tout. » : ainsi s’adresse Christian Alexander Smith à Luc/ Lux Desanges. Le premier, la trentaine, est un jeune self made man d’origine européenne, startupper richissime sans autre patrie que celle du profit, ami de tous les milliardaires libertariens de la tech, qui entreprend avec sa folie visionnaire apocalyptique d’acheter à prix d’or de gigantesques zones franches pour la survie des plus nantis, hors du contrôle des Etats impuissants (la Ligue des Territoires de demain), maniant avec dextérité la novlangue cynique d’un discours progressiste (écologie, expérimentation sociale, etc.) pour mieux camoufler ses intentions totalitaires et mercantiles. Le second, 73 ans, est un ancien militant révolutionnaire établi en usine dans les Vosges. Ses rêves fracassés à 23 ans, il traine le cadavre de sa jeunesse pendant la Révolution des Œillets au Portugal, où il pille les riches bibliothèques privées pour faire commerce de livres anciens au point de devenir bibliophile (il fournit à ce titre un certain… François Mitterrand, qui le prend en affection et se confie à lui lors de ses déambulations parisiennes clandestines). Devenu riche, il se retire en ermite contemplatif et romantique dans une petite île bénie de l’archipel de Malte d’où va l’extirper Smith afin qu’il pilote le commando d’experts embauchés pour faire main basse sur les médias influents, puis sur les vastes territoires (France, Europe, Afrique) des futures zones franches.
Ce roman-monde nous fait passer sans transition du monde d’en haut où voyagent sans frontière les tycoon de la finance dérégulée (Washington, Moscou, Tripoli, Benghazi, Beyrouth, Bruxelles, La Valette, Gozo, Kigali, Malte, Lisbonne…) au monde d’en bas (les Vosges, la Lorraine… ) où s’agitent les petits insectes humains que les premiers tentent d’écraser ; du plan large des kleptocrates idéologues au plan serré des femmes et des hommes encore porteurs d’un idéal ; du point de vue panoramique des drones tueurs sans âme au point de vue subjectif des individus de chair et d’os (il en reste…). Ce « système de l’argent » au plus haut niveau est-il assez huilé pour broyer les citoyens ordinaires et les déraciner de toutes leurs traditions, ou quelques grains de sable obstinés finiront-ils, dans l’arrière-pays du Mont Tomis (sud de la France), par enrayer la mécanique terrifiante de déshumanisation ? Luc se réveillera-t-il de sa longue léthargie dépressive ?
Philippe Verdin, Denis Tillinac, vivre en mousquetaire (Editions Cerf)
Éditeur, baroudeur, romancier, conseiller du président de la République, apologète de l’Église catholique… Denis Tillinac aura vécu sept vies et publié près de soixante ouvrages crépitants et tendres.
C’est cette existence pleine de panache que Philippe Verdin, cinq ans après le décès de son ami, raconte avec verve, à travers ses livres et ses voyages de la Corrèze au Zambèze, ses passions pour le rugby et la femme idéale, son admiration pour le général de Gaulle et Elvis Presley, la campagne présidentielle qui mènera Jacques Chirac à l’Élysée, le combat pour la langue française.
Personnage haut en couleur dans une postmodernité conformiste et grisâtre, écrivain habile et subtil, chroniqueur franc et drôle, doué pour l’amitié et poète mélancolique, amoureux de la France et de la Vierge Marie, Denis Tillinac, le seul intellectuel de droite qu’aiment les gens de gauche, aura pendant quarante ans fait swinguer la prose.
Les précédents lauréats
2025 : L’Accident, Jean-Paul Kauffmann (Editions des Equateurs)
2024 : La Promesse du Large, Arnaud de la Grange (Gallimard)
2023 : La Grande Ourse, Maylis Adhémar (Stock)
2022 : L’Homme peuplé, Franck Bouysse (Albin Michel)
2021 : Mohican, Éric Fottorino (Gallimard)
2020 : l’École du Ciel, Élisabeth Barillé (Grasset)
2019 : l’Archipel Français (catégorie essai), Jérôme Fourquet (Seuil)
2019 : Dieu ramasse les copies (catégorie roman), Denis Lalanne (Atlantica)