Le rapport d’enquête sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées, suite au cambriolage du Louvre, a été publié début mai. L’occasion de rappeler que la très grande majorité des 1 218 musées de France est la propriété des collectivités territoriales, principalement des communes et des départements.
- « Sans méconnaître des potentielles lourdeurs, techniques et administratives, attachées à ce modèle [régie directe], il en résulte, selon le rapporteur, une meilleure connaissance par les collectivités propriétaires des enjeux de sûreté et de sécurité auxquels leurs établissements sont confrontés. Il partage à ce titre la position défendue par l’Assemblée des départements de France relative aux musées départementaux : « La régie directe nous semble efficace : elle garantit un contrôle démocratique total, une intégration dans les politiques départementales (équité territoriale, transversalité avec éducation/jeunesse) et une réactivité budgétaire. Elle évite les surcoûts de délégation et permet une mutualisation des services (archives, bibliothèques). Des regroupements montrent son adaptabilité. Cependant, elle exige une professionnalisation continue des équipes. »
- « En 2023, les dépenses culturelles des collectivités territoriales s’élevaient à 10,7 milliards d’euros, dont 37 % affectés à la conservation et à la diffusion du patrimoine, faisant de cet enjeu un poste majeur de dépense pour les collectivités. Malgré cet effort significatif, « les recettes générées par la fréquentation d’un monument se révèlent en outre toujours insuffisantes pour couvrir les charges de fonctionnement », selon la Cour des comptes . Par ailleurs, le budget des collectivités en faveur de la culture se trouve particulièrement contraint par la diminution du soutien de l’État. Selon l’Assemblée des départements de France : « En 2025, 70 % des départements interrogés par l’Observatoire des politiques culturelles ont déclaré une baisse de leur budget culture (parfois supérieure à 10 %, et jusqu’à 50 % des subventions aux associations dans certains cas comme l’Ille-et-Vilaine ou l’Hérault). Cette contraction s’explique par la situation dans laquelle se trouvent les départements pris en étau entre la baisse de leurs ressources (DMTO, dotations de l’État), l’absence de levier fiscal et la hausse des dépenses contraintes (principalement dans le domaine social) » D’après une récente enquête de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalités (AMF) sur l’action culturelle des communes et des intercommunalités, 82 % d’entre elles rencontrent des difficultés pour la gestion et la rénovation du patrimoine : « Les difficultés financières constituent ici aussi le principal frein (61 % des communes et 50 % des intercommunalités citent l’insuffisance de moyens financiers au sein de la collectivité et 48 % le manque d’aides financières). Le manque d’ingénierie ressort également pour près d’un quart des communes (24 %) et concerne en particulier celles de moins de 30 000 habitants, à l’instar des difficultés liées à la connaissance du cadre légal, à l’accompagnement par la Drac, ainsi que pour l’appel à un maître d’œuvre. »
Il en résulte une forte dépendance des collectivités à l’égard du soutien de l’État pour le financement des travaux de conservation et de restauration. Le ministère de la culture intervient à travers des subventions d’investissement, allouées au titre du programme 175 Patrimoines après instruction des demandes par les directions régionales des affaires culturelles (Drac). À l’échelle de l’échantillon des collectivités contrôlées par la Cour des comptes en 2024 et 2025, « aucun chantier d’envergure n’a pu être engagé par une collectivité sans l’assurance d’obtenir un cofinancement au titre des crédits déconcentrés. »
(…) Il est urgent d’augmenter la participation de l’État aux chantiers de conservation et de sécurisation du patrimoine muséal local, en particulier pour les collectivités les plus fragiles. Le fonds de sûreté, voté dans le cadre de la loi de finances pour 2026, doit être mobilisé à cet effet en priorité »
- « Le besoin de formation concerne également les élus locaux des collectivités propriétaires de musées, comme le souligne M. Bruno Saunier, inspecteur des patrimoines : « les élus locaux devraient également être sensibilisés à cette question [de la sûreté] » La sensibilisation à ces enjeux pourrait s’inscrire dans le droit à la formation des élus locaux au cours de leur mandat, prévu à l’article L. 2123-12 du code général des collectivités territoriales. Au-delà des élus, le besoin de formation s’étend aux services techniques des collectivités territoriales, comme cela a été mentionné lors de son audition par M. Bruno Saunier, inspecteur des patrimoines et de l’architecture, s’appuyant sur les observations tirées de ses missions de terrain »
- « Enfin, l’établissement d’une doctrine unifiée en matière de sûreté-sécurité pourrait permettre de faire essaimer des bonnes pratiques, mises en place par certains musées. L’Assemblée des départements de France évoque un dispositif innovant mis en place par le musée Dobrée, à Nantes, dans la conduite de ses obligations de récolement : « Dans le département de la Loire-Atlantique (44), le musée Dobrée à Nantes a mis en place un récolement annuel systématique des collections (vérification physique et numérique), couplé à une base de données partagée avec la Drac Pays de la Loire. Cela a évité un vol potentiel en 2024 en détectant une anomalie précoce. »
- « Les difficultés de recrutement sont particulièrement marquées dans les musées territoriaux, jugés moins attractifs. Interrogée par le rapporteur, l’Assemblée des départements de France déplore un « recrutement difficile de conservateurs, régisseurs et agents de sécurité qualifiés dans les territoires ruraux ou intermédiaires » ainsi qu’« turn-over élevé face à la concurrence du secteur privé . Au musée Adrien Dubouché, à Limoges, le personnel a entamé une grève reconductible le 8 janvier 2026 pour réclamer que trois postes d’agents vacants depuis plusieurs mois soient pourvus. »
- « Les systèmes de vidéosurveillance intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle présentent des écarts de prix significatifs. Le conseil départemental de la Corrèze, propriétaire du musée du Président Jacques Chirac à Sarran, évalue ainsi à 500 euros le prix d’une caméra classique, contre 1 800 à 2 000 euros pour une caméra dotée d’outils d’intelligence artificielle. »
Parmi les recommandations :
- n° 1 : Proposer systématiquement l’assistance d’une cellule d’appui et de soutien psychologique en cas de vol ou d’effraction commis au sein d’un musée de France afin de mieux prendre en compte les conséquences de ces évènements pour les personnels concernés.
- n° 2 : Formaliser une doctrine nationale de conservation préventive comprenant une mise à jour de la cartographie des risques et une offre de formation améliorée.
- n° 31 : Établir une doctrine formalisée des obligations minimales en matière de sûreté, sur le modèle des règles incendie.
- n° 32 : Rendre obligatoire l’adoption d’un plan de sauvegarde des biens culturels (PSBC) par l’ensemble des établissements et sa transmission aux services de secours.
- n° 38 : Améliorer l’attractivité des métiers de l’accueil et de la surveillance, notamment en région, par une revalorisation salariale et la mise à disposition de logements de fonction, lorsque cela est nécessaire et pour certains agents en charge de la sûreté-sécurité.
- n° 39 : Créer des modules de formation continue en matière de sûreté et de sécurité à destination des membres de l’équipe dirigeante des musées et de leurs agents.
- n° 40 : Sensibiliser les élus locaux et les services techniques des collectivités territoriales aux enjeux de sûreté et de sécurité des musées.