Les sénateurs ont organisé un débat sur l’avenir du pass Culture, un dispositif destiné à favoriser l’accès des jeunes à la culture. Ce débat intervient dans un contexte de contraintes budgétaires et d’interrogations sur l’efficacité et l’impact réel du dispositif. L’occasion pour Rachida Dati, ministre de la Culture, d’annoncer que le Puy du Fou sera éligible au Pass Culture.
Des questions se posent notamment sur le financement du Pass Culture, sa répartition entre l’offre collective et individuelle, ainsi que sur son accessibilité aux publics les plus éloignés de la culture. Certains plaident pour une réforme, voire un recentrage de ce pass, tandis que d’autres défendent son maintien en l’état, soulignant son succès auprès des jeunes.
Un rapport de la Commission des finances, présenté par les sénateurs Vincent Éblé et Didier Rambaud, a mis en lumière plusieurs points clés :
- Au 1er mai 2023, environ 3,04 millions de jeunes âgés de 15 à 18 ans étaient inscrits sur l’application du pass Culture, représentant 76 % des jeunes de 18 ans et 47 % des 15-17 ans.
- Le financement du pass Culture est passé de 24 millions d’euros en 2019 à 208,5 millions d’euros en 2023, soit 26 % du budget du ministère de la Culture.
Les sénateurs ont formulé 12 propositions pour améliorer le dispositif, notamment en renforçant la médiation culturelle, en diversifiant les offres proposées et en assurant une meilleure équité territoriale.
La ministre de la Culture, Rachida Dati, a annoncé une réforme du pass Culture, visant à moduler le montant en fonction de la situation sociale des bénéficiaires et à orienter une partie des crédits vers le spectacle vivant, afin de corriger les inégalités et de diversifier l’engagement culturel des jeunes.
Après avoir souligné le rôle des librairies indépendantes, des cinémas d’art et d’essai, « le pass est souvent la première porte d’entrée dans le monde de la culture. Cependant, les inégalités persistent : neuf enfants de diplômés sur dix sont inscrits au pass Culture, contre sept enfants de non diplômés sur dix. La différence est importante » a-t-elle déclaré.
Selon la ministre, le problème réside dans la diversification des pratiques. Le spectacle vivant ne représente que 6 % des consommations du pass Culture et les musées moins de 1 %, alors qu’ils constituent l’essentiel de la part collective. « Cela s’explique par une médiation inexistante » a-t-elle expliqué.
Il est primordial selon elle d’éditorialiser l’application du pass Culture, sans quoi les jeunes s’y perdront ou ne rechercheront que ce qu’ils connaissent déjà.
Puis, elle a annoncé les initiatives suivantes :
- Nécessité de renforcer la communication et l’accompagnement avec les missions locales, les accompagnateurs de quartiers et les foyers ruraux. Les partenariats avec tous les réseaux d’éducation populaire seront renforcés.
- Le Ministère a déjà commencé à travailler sur l’éditorialisation, en favorisant ce qui n’est pas spontanément plébiscité.
- Autre point crucial : la mobilité en milieu rural. Si la géolocalisation a été développée, le Ministère a également expérimenté, dans le Grand Est, la convention Caravelle : les collectivités territoriales financent les coûts de mobilité. Elle a annoncé le projet de signature avec François Sauvadet, président de Départements de France, une convention pour éviter tout désengagement et encourager encore plus la mobilité, afin de renforcer l’accès à la culture.
Dans le contexte de la loi de Finances pour 2025, elle a ensuite rappelé que le budget du pass Culture sera de 244 millions d’euros cette année. Il aurait été de 249 millions d’euros sans réforme, et de 254 millions d’euros en 2026.
Les critères d’attribution ont également été revus, rappelant la dotation supplémentaire pour les boursiers. Seront revus aussi les montants alloués aux différents âges. Avec la réforme, la part individuelle commencera à 17 ans. Enfin, le comité stratégique et la gouvernance du dispositif devraient être réformés.
Parmi les questions posées par les sénateurs durant le débat :
- Question de Nathalie Goulet (UC-Orne)
« Comment coordonnerez-vous les nouveaux dispositifs avec ce que font les régions et les départements ? »
Réponse de la ministre :
« La réforme est lancée, car je fais toujours le plus vite possible ce que je préconise : nous avons expérimenté en 2024 ; des partenariats ont été signés, avec la Charente-Maritime par exemple ; le pass Culture a été intégré au plan ruralité ; la gouvernance évolue ; nous expérimentons avec certaines régions de nouvelles formes de mobilité, dont du covoiturage pour les festivals. Les contrats de territoire sont rédigés sur mesure, avec les moyens nécessaires. Si je me suis battue pour mon budget, c’est pour pouvoir déployer ces nouveaux dispositifs en direction des jeunes éloignés de la culture, notamment les jeunes ruraux. »
- Question de M Cédric VIAL (LR-Savoie)
« Le volet individuel est également pris en charge par les départements ou les lycées. Sans parler de doublon, comment faire pour accompagner de manière plus décentralisée les collectivités territoriales, sans ajouter de couche supplémentaire ? »
- Réponse de la ministre :
« Les contrats de territoire passés entre le ministère et les départements via les Drac contribuent précisément à éviter les doublons. Dans un département disposant déjà d’un dispositif culturel adapté, le pass Culture est moins utilisé. Cela ne se fait pas rue de Valois mais en proximité. La convention que je vais signer avec Départements de France intégrera ce système, qui favorise l’équilibre, sans gaspillage. »
Accédez au rapport du Sénat :
https://www.senat.fr/rap/r22-866/r22-8661.pdf